Imprimir
DANIELA ROMAGNOLI

Mesa N

Daniela Romagnoli

Contre le concept de moyen-ge Rsum

Depuis les annes Cinquante quelques historiens ont commenc admettre que le "moyen-ge" na jamais t une poque historique, mais bien un concept historiographique. Un concept cr de toutes pices, des fins de propagande, par des humanistes ( partir du XIVe sicle) lis de puissants mcnes. Il sagissait de mettre en valeur leur propre culture (minemment littraire et artistique) en la contraposant l"obscurit" qui aurait fait suite la chute de lEmpire Romain. En ralit, les sicle "mdivaux" navaient jamais cess de se rclamer de la tradition classique, dont ils se sentaient les hritiers directs.

Le concept de moyen-ge a une longue histoire, pendant laquelle il connat le mpris que lon rserve aux "thnbres" (Petrarque), au catholicisme superstitieux et mercenaire (Rforme luthraine), aux "sicles obscurs" qui ne jouissent pas des "Lumires" de la raison. Par contre, le Romantisme sprend de ce prtendu domaine des sentiments sur la froideur de la raison.

En ralit, nous sommes en face dun problme dordre gnral: la scansion chronologique. Le temps "unilinaire" a t fort critiqu (Simiand, Pomian); la scansion sapplique aujourdhui lintrieur de segments historiographiques "spcialiss", ce qui amne lentrelacement des temps, cest--dire aux rapports entre paramtres chronologiques diffrents.

Les dfinitions relatives nont pas defficacit, ou alors sont-elles trop vagues: quelle poque ne pourra-t-elle tre conue comme "ge moyen", entre ce qui prcde et ce qui sensuit? Au reste, des concepts tels que ge, poque, priode, nont aucune valeur absolue. Il ny a jamais eu un "monde mdival" (pas plus quun homme mdival, dailleurs), ni un "monde moderne" ou une "me de la Renaissance". Il y des historiens qui refusent aussi les renaissances (Le Goff) et les rvolutions (Cipolla).

Ce quon appelle "passage" entre le moyen-ge et la Renaissance nas plus de points de rpre. Il nexiste pas du point de vue de lhistoire du droit, de lhistoire de lconomie, de certains aspects de lhistoire sociale. On ne lui a jamais attribu la mme scansions dans les diffrentes histoires des pays europens. Il nexiste pas (pas plus que le moyen-ge) ds que lon sort de lhistoire de lOccident chrtien.

La scansion chronologique traditionnelle est perue comme un obstacle sur le plan didactique aussi: les quatre priodes traditionnellesle terme mme de "moyen ge", la plage chronologique couverte par ce terme, et l'institutionnalisation scolaire, acadmique, scientifique de cette priode sont un obstacle important au dveloppement et la diffusion de l'ducation historienne (A. Sgal, 1991).

Nous, lhumanit du nuclaire et de lordinateur, nous sommes beaucoup plus loigns de nos aeuls quils ne ltaient des hommes des XIIIe et XIVe sicles. Il reste que les routes que nous foulons des pieds ont t paves entre le XIIe et le XIIIe sicle: les dcennies de la logique, des cathdrales, de la grande culture monastique et chevaleresque, de lesprit de citoyennet qui anime les habitants des villes, de la redcouverte de la science et de la nature. Nos racines. Il faut les tudier, nos socits en ont besoin. Mais il nous faut aussi repenser les rapports et les changes entre disciplines diverses, pour y trouver le courage de dpasser des schmas frustes et peu utiles, dt-on renoncer nos "tours divoire" (ou en plastique?) qui, au reste, vacillent dj.